Interview de Cécile MALÉCOT, CEO et cofondatrice de YUNOHIT

À la croisée de la technologie et de la santé, Cécile MALÉCOT a construit un parcours hybride mêlant ingénierie et business. Cofondatrice de YUNOHIT, une start-up en e-santé, elle pilote aujourd’hui une entreprise en pleine croissance. Entre vision stratégique, défis quotidiens et innovation, elle revient sur son parcours, les compétences clés de son métier et les enjeux d’un secteur en constante évolution.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours ?
Je suis Cécile MALÉCOT. Aujourd’hui, j’ai le statut d’entrepreneuse et je suis co-fondatrice et CEO de la société YUNOHIT, que j’ai créée il y a presque deux ans avec un ancien collègue. Nous évoluons dans le secteur de l’e-santé, c’est-à-dire de la santé numérique.
Mon parcours académique a commencé à l’EPISEN (anciennement ISBS). J’y ai suivi une formation en trois ans, à cheval entre la faculté de médecine Paris 12 et une école d’ingénieurs à Marne-la-Vallée (ESIEE). Je fais partie des premières promotions de cette formation, qui était novatrice à l’époque. Après ça, j’ai poursuivi avec une école de commerce : l’EM Lyon. Ce double parcours m’a permis d’acquérir à la fois des bases techniques, notamment en ingénierie, innovation technologique et architecture logicielle, et une compréhension des enjeux business (gestion d’entreprise, stratégie, commercialisation…). Avec le recul, je suis très satisfaite d’avoir suivi ces deux formations dans cet ordre. La rigueur et l’exigence des études d’ingénieur m’ont donné une base solide et la discipline de travail, que j’ai ensuite complétée avec des compétences plus orientées business.
En quoi consiste votre métier aujourd’hui ?
Mon métier est difficile à résumer simplement, car il s’agit d’un rôle très polyvalent. En tant que cheffe d’entreprise, surtout dans une start-up en démarrage, je porte un grand nombre de casquettes. Je m’occupe à la fois de la conception produit, de la gestion, de la finance, des ressources humaines, du marketing, de la communication, du développement commercial… C’est un poste extrêmement transversal où l’on doit être capable de toucher à tout. Cette diversité est assez représentative de l’entrepreneuriat en général. Comme beaucoup de personnes qui lancent leur activité, je dois gérer un large éventail de sujets technique et business au quotidien.
Quelles sont les qualités requises pour exercer votre métier ?
La première qualité essentielle, selon moi, est la capacité à apprendre vite. Au quotidien, je suis confrontée à des problématiques pour lesquelles je n’ai pas toujours les compétences au départ. Il faut donc être capable de monter rapidement en compétences, notamment sur des sujets émergents comme l’intelligence artificielle ou les nouveaux outils technologiques. Il faut rapidement connaître le champ des possibles.
Ensuite, je pense que la curiosité est essentielle dans ce métier. Mais attention, la curiosité ne signifie pas survoler les sujets. Elle implique de s’y plonger de manière rigoureuse, de comprendre en profondeur, de s’approprier les connaissances, d’analyser les possibilités, le contexte global, et de mettre le sujet en perspective.
Une autre compétence clé est la transversalité. Dans un monde où les technologies évoluent rapidement, la capacité à connecter des domaines différents est essentielle. Les innovations sont souvent le fruit d’un mélange de plusieurs disciplines.
Enfin, développer un esprit critique est devenu indispensable, notamment avec l’essor de l’IA. Il faut être capable de remettre en question les solutions proposées comme évidentes et de chercher en permanence à faire mieux, à optimiser.
Quel est le plus grand challenge que vous rencontrez aujourd’hui ?
Les challenges sont quotidiens, mais celui qui me mobilise particulièrement aujourd’hui est le déploiement technique et commercial de notre produit « Smart DMP », que nous avons mis deux ans à développer. Le véritable défi consiste à aligner plusieurs paramètres en même temps. C’est-à-dire avoir un produit techniquement solide, répondant à la réglementation et aux besoins des utilisateurs, au bon prix, et qui soit également facile à déployer, à vendre et à promouvoir. J’aime bien utiliser la métaphore de “l’alignement des planètes”. Ces éléments ne s’alignent pas naturellement. Il faut les orchestrer, presque comme un travail d’horlogerie, pour créer quelque chose de viable et durable.
Quels sont, selon vous, les atouts de l’EPISEN ?
À l’époque, le principal atout de cette formation était son caractère unique. Elle proposait une approche réellement transverse, mêlant biologie, médecine, informatique et sciences de l’ingénieur. C’était très précurseur, peut-être même un peu trop pour le marché du travail de l’époque. Je me souviens qu’en entretien, certains recruteurs ne savaient pas comment me positionner, faute de pouvoir me “mettre dans une case”. Aujourd’hui, cette transversalité est devenue un véritable avantage. Dans des domaines comme la santé numérique, il est essentiel de comprendre à la fois les enjeux techniques, médicaux et réglementaires. C’est exactement ce que m’a apporté cette formation.
Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?
Ce qui m’a toujours guidée, c’est la recherche de sens. Travailler dans le domaine de la santé permet de contribuer à quelque chose d’utile, avec un impact réel sur les autres. Je pense que le manque de sens est souvent à l’origine du mal-être au travail. De mon côté, j’ai la chance d’évoluer dans un secteur qui correspond à mes valeurs. Le fait de combiner la technologie et la santé est particulièrement intéressant, car cela permet d’avoir un impact tout en restant dans un univers technique, qui me correspond davantage que les métiers purement liés au soin.
Quel conseil donneriez-vous aux étudiants et jeunes diplômés ?
Le premier conseil que je donnerais, c’est de partir à l’étranger. J’ai réalisé tous mes stages hors de France, et cela m’a énormément apporté, notamment en termes d’ouverture d’esprit et de compréhension des différentes cultures. Dans un monde de plus en plus globalisé, cette expérience est un véritable atout. Ensuite, je conseillerais de développer son esprit critique, surtout face à l’essor de l’intelligence artificielle. Il ne faut pas se contenter des réponses faciles, mais toujours chercher à comprendre, à questionner et à améliorer, peut-être aussi à connecter des domaines ou des techniques qui ne se rencontrent pas spontanément. Enfin, les clés essentielles pour évoluer dans un environnement en constante mutation sont de rester curieux, d'apprendre en continu et de cultiver une approche transverse à mon avis.
